Un temps fort sur l’adolescence proposé par les Francas de Loire-Atlantique
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Les trois grandes fonctions qu’a eu l’école au siècle dernier sont toutes les trois en crise : former des citoyens qui soient capables d’exercer leur citoyenneté, transmettre une culture commune, former une main d’oeuvre dont l’économie a besoin dans un contexte dont ni les entreprises ni les familles n’étaient prêts à faire les investissements nécessaires.

Ecouter l’intégralité de l’intervention de Patrick Viveret lors de la table ronde animée par Philippe Frémeaux, Directeur de la rédaction du magazine Alternatives Economiques.
Celui qui a 10 ans aujourd’hui aura 50 ans en 2050. Donc à une période de l’humanité qui sera décisive si l’on prend la question des dérèglements climatiques. C’est donc par rapport à ces 10-18 ans actuels qui seront dans le temps crucial de la période de 2050 soit en terme de décisions politiques, entrepreneuriales, soit en posture d’influence, que l’on doit se poser la question de la triple crise sur la citoyenneté, la culture commune et le rapport à l’emploi.
La crise de la citoyenneté produit l’incapacité de construire une société politique cohérente

La crise de la citoyenneté produit l’incapacité de construire une société politique cohérente, la crise de la culture commune crée une désagrégation culturelle de ce qui permet de construire un monde commun, la crise de l’emploi a des effets déstructurants sur les plans économiques et sociaux, mais aussi sur le plan culturel.
Du même coup on a une crise de la citoyenneté fermée mais on a une ouverture sur une citoyenneté ouverte, c’est-à-dire non réduite à un territoire national. L’articulation à une appartenance à la citoyenneté à une pluralité de territoires mais aussi l’émergence de la question de la citoyenneté mondiale qui n’est plus du tout une question utopique. Une grande partie des questions de l’humanité est de faire émerger une citoyenneté mondiale corollaire du mode de la complémentarité. L’éducation à des cultures ouvertes, ce qui n’exclut en rien une espèce de relativisme, mais une exigence de l’universel à partir de la mosaïque des traditions culturelles différentes de l’humanité. ça c’est de l’ordre de l’ex-ducere, de l’éducation à des cultures ouvertes qui représentent une potentialité positive.
Et s’agissant de la question de l’emploi, on voit bien que si l’on continue de raisonner en termes d’adaptation à des jobs, on va vers des contradictions de plus en plus insoutenables. Les jeunes de 10 ans aujourd’hui ne se retrouveront pas sur les emplois quand ils auront 25 ans car il y aura eu des mutations technologiques.
Nous sommes entrés dans des économies de la connaissance.

La formation à l’emploi est confrontée à des emplois qui ne sont pas sûrs au regard des mutations technologiques ni à la demande des 9 milliards demain. [...] On voit bien que là où les choses marchent, c’est quand des êtres humains ont la possibilité de vivre des métiers, quand ils trouvent que ce qu’ils font est utile et créatif contrairement aux personnes qui ont le sentiment de perdre leur vie à la gagner, d’être à côté de leur projet de vie. [...] Nous sommes entrés dans des économies de la connaissance. Le moins que l’on puisse attendre est que le temps passé dans les études supérieures est un temps d’activité. Or le temps d’entrée dans la vie active a été reporté mécaniquement, ce qui crée un déséquilibre.
Imaginez une grève générale des associations, le pays s’arrête. Il y a une forme d’activité qui, sans être marchande, n’en est pas moins créatrice de richesse.
Le climat social correspond en grande partie à la vie associative dans un pays. Imaginez une grève générale des associations, le pays s’arrête. Il y a une forme d’activité qui, sans être marchande, n’en est pas moins créatrice de richesse. Mais si l’on continue à raisonner en terme classique, non seulement on ne va pas voir les richesses d’un pays ou d’une collectivité territoriale, mais en plus on va aller tarir par le rallongement du temps de travail cette richesse fondamentale.
On sait bien que ce qui alimente cette vie associative ce sont les jeunes retraités qui ne sont pas des jeunes retraités : ce sont des personnes qui vont exercer un métier et dont la contribution à la société sera davantage utile qu’ils auront le sentiment d’apporter à la société. Tout être humain a au moins un métier : il a le métier de chef de projet, chef de projet de sa propre vie.
Et la société a tout intérêt à ce que ce métier soit préparé et exercé dans de bonnes conditions parce qu’un être humain qui n’arrive pas à réaliser son métier, son projet de vie, n’arrive pas à prendre en charge sa propre vie. Non seulement il va se détruire lui-même mais en plus ses coûts et ses coups vont avoir un coût pour la société.
Patrick Viveret est conseiller référendaire à la Cour des comptes, Philosophe. Voir sa fiche sur Wikipedia.