Biennale de Nantes

Un temps fort sur l’adolescence proposé par les Francas de Loire-Atlantique

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« Et toi l’adulte, t’es qui là-dedans ? »

Propos recueillis de Pierre Poitou

Avant toutes les conduites à risques, les adolescents ont des conduites d’essais. Dans ce processus d’individuation, un des premiers éléments est quelle est ma place ?. Parce que l’adolescence, dit de manière triviale, c’est « dégueulasse ». Un sentiment d’étrangeté qui peut naître à ce moment là et qui vient réinterroger sa place.

On est dans le pubertaire. La première place à calculer, c’est bien cette place dans la famille et avant d’être des conduites à risques, ils vont s’essayer au regard de l’adulte. Les jeunes deviennent hyper dépendants au regard des autres. Ils se tiennent, ils se bloquent, ils n’osent plus sous le regard des autres. Le regard des autres est terrifiant à cet âge là. Terrifiant au point d’être sidérant, d’empêcher le processus de pensée, de mise au travail.

Comment donne-t-on une place à l’adolescent, si la place de l’adolescent, c’est de venir satisfaire mon propre désir et mon propre plaisir parce que j’ai mis en place quelque chose pour lui.

Comment donne-t-on une place à l’adolescent, si la place de l’adolescent, c’est de venir satisfaire mon propre désir et mon propre plaisir parce que j’ai mis en place quelque chose pour lui. Je comprends que les adolescents ne soient pas d’accord parce qu’ils sont perdus dans le désir de l’adulte. Les adolescents ont à gérer cette place là, cette espèce de sentiment qu’ils ont d’être intrusé par l’adulte.

La question est alors de faire avec, de construire avec : quel est ton propre désir à toi, quels sont les moyens que l’on va mettre en place… pour pouvoir te donner une place et à trouver ta place. Ces voyageurs sont dans une certaine forme de rejets, de déni, de mise à mal des différentes institutions. C’est peut être quelque part aussi un moyen de gérer pour les adolescents le sentiment d’être sans arrêt intrusé par les adultes.

Quelles sont les références, les modèles que l’on propose aux adolescents aujourd’hui ? Quelle place des médias ? Quid de l’organisation de la société autour du plaisir, de la consommation ?

A travers ces fonctionnements là, les adolescents viennent interroger quelque chose du côté de l’adulte en disant : « et toi l’adulte, t’es qui là-dedans ? »

Les adolescents demandent à rencontrer des adultes qui sont solides et arrivent à se positionner et qui les aident à organiser ce monde.

Les adolescents demandent à rencontrer des adultes qui sont solides et arrivent à se positionner et qui les aident à organiser ce monde. A partir du moment où ils nous interpellent, les jeunes ont la capacité d’interpeller les adultes dans des endroits un peu étonnants et pas toujours des adultes que l’on imaginerait en tant que professionnel. Il est important de savoir pour l’adolescent qu’il est capable de choisir un adulte. Mais l’adulte doit soutenir ce choix là !

Quand l’adolescent est acteur, quand on lui propose de l’accompagner pour mettre sa constructivité, sa créativité au service non pas de la destruction mais au service de la structuration de la personnalité et du lien familial ou du lien social, cela marche relativement bien.

Propos tenus par Pierre Poitou [1] lors de l’atelier "Des pulsions à l’auto-contrôle"

[1] Psychologue à la Maison des Adolescents de Nantes