Un temps fort sur l’adolescence proposé par les Francas de Loire-Atlantique
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Si les enjeux éducatifs restent inchangés dans les sociétés européennes, les évolutions sociétales s’imposent et transforment le rapport des jeunes et de leurs familles à l’éducation. Quelles sont les questions à se poser, les freins repérés et les forces sur lesquelles s’appuyer pour participer aux évolutions du système éducatif dans les quinze ans à venir, afin qu’il soit, dans l’esprit des principes et des valeurs de la république, le plus à même de répondre aux évolutions de la société.

Gérard Prodhomme : Désormais tout le monde va à l’école, il n’y a plus de tri. On voudrait avoir les mêmes ambitions pour tous, donner la même éducation. Mais les enjeux peuvent-ils être les mêmes pour tous ? S’interroger sur l’éducation pour les 10-18 ans, c’est poser la question du temps. L’école occupe 160 jours par an, il reste 200 jours qui échappent totalement à l’école. Le temps hors l’école est dans sa durée plus important que le temps dans l’école. On voudrait que tous les problèmes de société trouvent à l’école une solution, c’est impossible. Quelle est la part qui revient à l’école, aux institutions, aux familles, aux associations ? L’école a une mission par rapport aux 10-18 ans : elle correspond à l’acquisition des fondamentaux, ceux de l’instruction et ceux de l’éducation.
Je formule quatre constats pour cette génération des 10-18 :
4. La distance du jeune à l’entreprise, thématique des15-18 ans. Dans les quartiers populaires, le chômage des parents peut expliquer la distance des jeunes par rapport au monde de l’entreprise, mais l’urbanisme et le fonctionnement de l’école ont aussi leur part. Il y a une inadéquation entre les désirs des jeunes et les secteurs économiques porteurs d’emploi et un écart entre les acquis comportementaux et ce qui est demandé dans l’entreprise (arriver à l’heure, répondre à une consigne)
Emmanuel Serafini, ADF : Je voudrais insister sur l’idée que l’on est dans une société qui doute énormément de sa jeunesse. C’est un des points de friction avec la jeunesse. Nous devons être plus confiants dans leurs capacités à entreprendre et les mettre au coeur des espaces de réflexion sur la jeunesse. Beaucoup de manifestations les concernant sont organisées en l’absence des jeunes.
Alexia Portin, Secrétaire Nationale de l’UNL (Union Nationale des Lycéens) : Nous avons noté un taux d’abstention important lors des élections au Conseil de la vie lycéenne (40%). Deux enjeux majeurs : l’apprentissage de la démocratie et faire participer les jeunes aux décisions qui les concernent.

Jacques Auxiette, Président du Conseil Régional Pays de la Loire. Le respect de la règle : Il y a par contre un ensemble de choses que l’on ne discute pas dans les responsabilités des uns et des autres : c’est le travail des adultes à expliquer la question de la règle et du respect de la règle. Sur le temps, c’est un des points très importants dont la nation doit se préoccuper.
Ce n’est pas un sujet nouveau puisque ce qui a changé dans la belle époque de l’Education Populaire (1936 et après la guerre), c’était de constater que le temps scolaire n’était pas le seul temps de l’éducation. Sur le plan de la reconnaissance individuelle, notre système concerne uniquement le groupe classe et la dimension de l’individualisation. Cette mission d’instruction, d’éducation et d’insertion professionnelle - permettre aux gens de gagner leur vie – est un impératif pour l’ensemble des systèmes de formation et des éducateurs.
Je voudrais évoquer quelques cas très concrets qui ne sont pas des pistes à vingt cinq ans mais que l’on peut aborder dès maintenant : je crois qu’il faut donner aux conseils d’administration des établissements un vrai rôle. Cela demande que le chef d’établissement y consente : que l’ensemble des participants aient les mêmes informations, y compris les lycéens et je disais toujours que le lycéen a une voix au même titre que le chef d’établissement. Il n’y a pas besoin de nouveau texte mais de nouvelles modalités pour que la pratique de la responsabilité entre à ce niveau-là.
"Il y a une pression forte des médias qui portent à voir non pas des jeunes mais plutôt une jeunesse, vue au prisme des dysfonctionnements sociétaux, qu’elle révèle ou dont elle est victime."
Alain Favier, Francas : Aujourd’hui notre société porte un regard déformé sur les jeunes. Il y a une pression forte des médias qui portent à voir non pas des jeunes mais plutôt une jeunesse, vu au prisme des dysfonctionnements sociétaux, qu’elle révèle ou dont elle est victime. Le lieu de vie au lycée pose des questions.
Il y a une responsabilité de l’adulte, de lacommunauté pédagogique, éducative. Cette responsabilité d’adulte doit être aussi regardée au prisme de cette communauté de vie, de cet espace de vie parce que je crois qu’il y a un enjeu important à revaloriser les espaces d’éducation à but formel pour que ceux-ci jouent véritablement leur rôle vis-à-vis des jeunes et conservent leur attractivité.
Sans connaissances on ne peut pas appréhender l’environnement. Apprendre c’est aussi avoir, trouver un plaisir. Aujourd’hui on a trop tendance à trouver que le résultat est plus important que l’acte en lui-même.
Tout ce qui était détenu par des personnes et relayé par des éducateurs devient accessible demain par d’autres modes, notamment par Internet. Cela va créer une concurrence entre des systèmes institués et des systèmes informels. Il y a donc nécessité à ce que Internet intègre la question de la transmission de la connaissance. Aujourd’hui, la société dans son ensemble attend une réponse dès lors que l’on identifie un problème ; la société attend qu’il y ait une réponse instituée.
Avec Jacques AUXIETTE, Président du Conseil Régional des Pays de la Loire, Président de la Commission Education de l’ARF (Association des Régions de France), Alexia PORTIN, Secrétaire Nationale de l’UNL (Union Nationale Lycéenne), Gérard PRODHOMME, Inspecteur de l’Académie de Nantes, Emmanuel SERAFINI de l’Association des Départements de France, un représentant du Ministère de l’Éducation Nationale et Alain FAVIER, Délégué général adjoint des Francas.