Un temps fort sur l’adolescence proposé par les Francas de Loire-Atlantique
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Comment définit-on l’adolescence selon les époques ? C’est le moins facile à définir car c’est un état transitoire, ambivalent et qui en général rassemble toutes les contradictions.

Théoriquement, l’adolescence, on n’en sort alors que la vieillesse, on n’en sort pas mais l’adolescence se prolonge. On arrive plus ou moins à dater le départ avec la puberté mais la suite est l’un des grands défis de notre époque. Quand est-ce que s’arrête l’adolescence ?
Le manque de reconnaissance fait que finalement, prolonger l’adolescence, c’est une façon de ne pas reconnaître une autonomie aux adolescents.
Le manque de reconnaissance fait que finalement, prolonger l’adolescence, c’est une façon de ne pas reconnaître une autonomie aux adolescents.
Plus les sociétés ont peur de l’instabilité sociale, plus elles ont tendance à vouloir maîtriser. Les sociétés anciennes avaient le mérite de la reconnaissance pour les adolescents. Aujourd’hui, quel est le rite de reconnaissance pour les adolescents ?
Si on réfléchit bien à la question des seuils d’âge se repose aujourd’hui. La responsabilité sera à 12 ans selon le rapport Varinard. On n’arrête pas de parler des seuils, de l’abaissement de l’âge mais de prolonger l’âge de la sortie, cela a vraiment un sens. Hors il y avait des rites dans notre société. Il y avait le certificat d’étude et le passage à la vie active. Il y a avait les rites religieux : la Bar Mitsva, la communion. Il y avait tout un ensemble de jalons qui permettaient de voir quand est ce que cela commençait et quand est ce que l’on en sortait. Malheureusement avec les inégalités sexistes que l’on connaît bien à travers les âges, la seule façon de sortir de l’adolescence, c’était le mariage. Il est intéressant de voir ce qui marquait la fin de l’adolescence : le travail, le départ à la guerre, le fait de quitter le domicile familial et de devenir un apprenti, d’aller chez un patron, où le fait de commencer son tour de France. L’adolescence est d’abord un phénomène culturel, c’est aussi un phénomène physiologique et ce serait dramatique de la rabaisser uniquement à cela.
L’émergence du thème de l’adolescence va s’accompagner d’un formidable développement des politiques publiques. Cela va être ce fil que l’on tire et qui va permettre de relire dans la société tout ce qu’on ne sait pas bien faire dans les politiques de la ville, dans les politiques de la formation professionnelle, dans les politiques éducatives. L’adolescence nous renvoie à nos échecs.
L’adolescence nous renvoie à nos échecs.
Plusieurs facteurs :
Aujourd’hui on essaie d’en faire une catégorie de population. Ce n’est pas une catégorie mais un passage.
Aujourd’hui on essaie d’en faire une catégorie de population. Ce n’est pas une catégorie mais un passage. De plus en plus l’adolescence se féminise : dans la reconnaissance, il y a le fait qu’il n’y a pas seulement des garçons qui passent l’âge adulte par la vie professionnelle mais il y a aussi les filles qui font leur rentrée en scène.
L’humiliation fait système politique, système de pouvoir notamment sur les plus jeunes.
Les adolescents expriment toutes les transformations de la famille. A un moment véritable de mutations sociales, politiques, économiques, d’une crise de civilisation, les discours sur l’adolescence sont des discours obsolètes.
Il y a une pluralité de situation et c’est pour cela que la catégorisation sociologique, juridique sont des tentatives désespérés de maîtrise et de non reconnaissance.
Plus vous êtes dans une société qui se resserre, plus on fait croire aux gens que pour être égal, c’est être ressemblant.
Nos politiques ont du mal à accepter que nous soyons face à des gens qui sont dans une période de fermentation, de déconstruction.
L’âge de la transformation :
Ne nous enfermez pas dans des catégories, permettez nous de travailler sur tout ce qui est « circulation », « passage », « qualité du lien » alors que l’on ne trouve que des solutions institutionnelles. Il convient plutôt d’analyser les situations en resituant la personne dans celles-ci en prenant en compte l’aspect collectif, l’aspect individuel et sans se focaliser sur les structures.
C’est la relation de dépendance qui devient insupportable pour les adolescents. Les politiques créent des catégories fermées, closes avec des intérêts à la clé.
C’est la relation de dépendance qui devient insupportable pour les adolescents. Les politiques créent des catégories fermées, closes avec des intérêts à la clé. C’est cet ensemble de solutions possibles qui vont jouer sur l’indépendance. Dans l’humiliation, il y a le fait d’avoir été trompé : « vous m’avez fait croire, vous m’avez laissé rêver à pleins de choses. »
Jacqueline COSTA-LASCOUX : Juriste, Directrice de recherche au CNRS associé au Centre de recherche de Sciences Politiques Paris. Membre de la commission française pour l’UNESCO au Haut Conseil à l’Intégration. Présidente de la Fédération Nationale des Ecoles des Parents. A présidé la Ligue de l’Enseignement. Auteur d’un certain nombre d’ouvrage. Le dernier : « L’humiliation, les jeunes dans la crise politique », éditions de l’Atelier.