Biennale de Nantes

Un temps fort sur l’adolescence proposé par les Francas de Loire-Atlantique

Vous êtes ici : Accueil  » Biennale de Nantes » Archives » Deuxième édition

Qu’est ce que l’adolescence ?

Propos recueillis de Jacqueline Costa-Lascoux

Comment définit-on l’adolescence selon les époques ? C’est le moins facile à définir car c’est un état transitoire, ambivalent et qui en général rassemble toutes les contradictions.

Théoriquement, l’adolescence, on n’en sort alors que la vieillesse, on n’en sort pas mais l’adolescence se prolonge. On arrive plus ou moins à dater le départ avec la puberté mais la suite est l’un des grands défis de notre époque. Quand est-ce que s’arrête l’adolescence ?

Le manque de reconnaissance fait que finalement, prolonger l’adolescence, c’est une façon de ne pas reconnaître une autonomie aux adolescents.

Le manque de reconnaissance fait que finalement, prolonger l’adolescence, c’est une façon de ne pas reconnaître une autonomie aux adolescents.

Plus les sociétés ont peur de l’instabilité sociale, plus elles ont tendance à vouloir maîtriser. Les sociétés anciennes avaient le mérite de la reconnaissance pour les adolescents. Aujourd’hui, quel est le rite de reconnaissance pour les adolescents ?

Si on réfléchit bien à la question des seuils d’âge se repose aujourd’hui. La responsabilité sera à 12 ans selon le rapport Varinard. On n’arrête pas de parler des seuils, de l’abaissement de l’âge mais de prolonger l’âge de la sortie, cela a vraiment un sens. Hors il y avait des rites dans notre société. Il y avait le certificat d’étude et le passage à la vie active. Il y a avait les rites religieux : la Bar Mitsva, la communion. Il y avait tout un ensemble de jalons qui permettaient de voir quand est ce que cela commençait et quand est ce que l’on en sortait. Malheureusement avec les inégalités sexistes que l’on connaît bien à travers les âges, la seule façon de sortir de l’adolescence, c’était le mariage. Il est intéressant de voir ce qui marquait la fin de l’adolescence : le travail, le départ à la guerre, le fait de quitter le domicile familial et de devenir un apprenti, d’aller chez un patron, où le fait de commencer son tour de France. L’adolescence est d’abord un phénomène culturel, c’est aussi un phénomène physiologique et ce serait dramatique de la rabaisser uniquement à cela.

Du passage initiatique à l’état transitoire

L’émergence du thème de l’adolescence va s’accompagner d’un formidable développement des politiques publiques. Cela va être ce fil que l’on tire et qui va permettre de relire dans la société tout ce qu’on ne sait pas bien faire dans les politiques de la ville, dans les politiques de la formation professionnelle, dans les politiques éducatives. L’adolescence nous renvoie à nos échecs.

L’adolescence nous renvoie à nos échecs.

Plusieurs facteurs :

  • Allongement de la vie : On recule les limites de l’adolescence, les limites de l’entrée dans la vie active, les limites du mariage. L’adolescence se prolonge avec l’allongement de la vie. Mais en contrepoint, on a l’image de ces jeunes qui font le sacrifice de leur vie.
  • Allongement de l’âge de la scolarité
  • Une société de consommation : les adolescents sont les premières cibles parce qu’ils sont aussi les premiers consommateurs et qu’ils sont obligés de demander de l’argent aux parents. Le look adolescent, c’est aussi toute une réflexion sur notre regard.
  • La dépendance économique : en période de précarité, la dépendance économique est une source de souffrance et de violence de la société à l’égard des adolescents.

Aujourd’hui on essaie d’en faire une catégorie de population. Ce n’est pas une catégorie mais un passage.

Aujourd’hui on essaie d’en faire une catégorie de population. Ce n’est pas une catégorie mais un passage. De plus en plus l’adolescence se féminise : dans la reconnaissance, il y a le fait qu’il n’y a pas seulement des garçons qui passent l’âge adulte par la vie professionnelle mais il y a aussi les filles qui font leur rentrée en scène.

L’humiliation fait système politique, système de pouvoir notamment sur les plus jeunes.

Les adolescents expriment toutes les transformations de la famille. A un moment véritable de mutations sociales, politiques, économiques, d’une crise de civilisation, les discours sur l’adolescence sont des discours obsolètes.

Il y a une pluralité de situation et c’est pour cela que la catégorisation sociologique, juridique sont des tentatives désespérés de maîtrise et de non reconnaissance.

Constats :

  • Il y a une relation perturbée à l’histoire collective, à la mémoire familiale par méconnaissance, par désaffiliation et par culpabilisation.
  • L’humiliation fait système aujourd’hui avec un pouvoir qui veut humilier, harceler, rabaisser, porter atteinte à la dignité des personnes avec un sentiment d’injustice. Quand le pouvoir jouit de l’humiliation, c’est-à-dire de l’atteinte à la dignité, les premières victimes vont précisément être les adolescents.
  • On aime naturaliser les différences entre les filles, les garçons. On accentue le sentiment de fatalité. On déresponsabilise en naturalisant les différences, en essentialisant le genre, le sexe, les origines ethniques, raciales. Plus vous êtes dans une société qui se resserre, plus on fait croire aux gens que pour être égal, c’est être ressemblant.

Plus vous êtes dans une société qui se resserre, plus on fait croire aux gens que pour être égal, c’est être ressemblant.

Nos politiques ont du mal à accepter que nous soyons face à des gens qui sont dans une période de fermentation, de déconstruction.

L’âge de la transformation :

  • C’est l’âge où l’on doit partager les regards,
  • C’est l’âge où il faut penser la corresponsabilité dans la continuité éducative.
  • C’est l’âge où il faut penser les solidarités transgénérationnelles
  • C’est l’âge où il faut retrouver des lieux, des espaces pour partager, pour être reconnu
  • C’est l’âge des circulations, des personnes, des idées.

Ne nous enfermez pas dans des catégories, permettez nous de travailler sur tout ce qui est « circulation », « passage », « qualité du lien » alors que l’on ne trouve que des solutions institutionnelles. Il convient plutôt d’analyser les situations en resituant la personne dans celles-ci en prenant en compte l’aspect collectif, l’aspect individuel et sans se focaliser sur les structures.

C’est la relation de dépendance qui devient insupportable pour les adolescents. Les politiques créent des catégories fermées, closes avec des intérêts à la clé.

C’est la relation de dépendance qui devient insupportable pour les adolescents. Les politiques créent des catégories fermées, closes avec des intérêts à la clé. C’est cet ensemble de solutions possibles qui vont jouer sur l’indépendance. Dans l’humiliation, il y a le fait d’avoir été trompé : « vous m’avez fait croire, vous m’avez laissé rêver à pleins de choses. »

Jacqueline COSTA-LASCOUX : Juriste, Directrice de recherche au CNRS associé au Centre de recherche de Sciences Politiques Paris. Membre de la commission française pour l’UNESCO au Haut Conseil à l’Intégration. Présidente de la Fédération Nationale des Ecoles des Parents. A présidé la Ligue de l’Enseignement. Auteur d’un certain nombre d’ouvrage. Le dernier : « L’humiliation, les jeunes dans la crise politique », éditions de l’Atelier.