Propos d’ouverture
Par Olivier David, Président de la Fédération Nationale des Francas
J’ai le plaisir et l’honneur d’ouvrir cette nouvelle édition des biennales de Nantes, portant cette année sur les jeunes et l’espace public. Je souhaite que chacune et chacun d’entre vous puisse y trouver les ressources nécessaires pour continuer à réfléchir aux enjeux éducatifs, culturels, sociaux et économiques actuels, et participer, sur son terrain d’action, à la définition et à la mise en place de véritables politiques éducatives en direction de la jeunesse.

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La question des jeunes et de l’espace public est très complexe à aborder parce qu’elle s’intéresse moins aux formes de prise en charge et d’accompagnement des jeunes pour répondre à leurs besoins sociaux, culturels et éducatifs, qu’à la définition de leur place dans nos sociétés, c’est-à-dire à leur coprésence avec les adultes et à leur participation active dans le processus de transformation sociale. L’enjeu est donc éminemment social et politique, et renvoie très clairement au vivre ensemble intergénérationnel.
- Il s’agit tout d’abord de réaffirmer que les jeunes représentent l’avenir de nos sociétés, notamment dans un contexte qui donne aujourd’hui très clairement la priorité aux personnes âgées.
- Il s’agit ensuite de s’intéresser à la place réellement faite aux enfants et aux jeunes dans les sociétés contemporaines, et plus particulièrement à leur intégration. Olivier Galland montre non seulement que la conception française de la jeunesse est stigmatisante mais qu’en plus elle survalorise le classement plutôt que la promotion et l’émancipation.
- Il s’agit enfin de s’intéresser à la question des inégalités entre les jeunes eux-mêmes. Parce que les environnements n’offrent pas les mêmes ressources ou n’exposent pas aux mêmes risques, ils participent à la production des inégalités. La question des politiques éducatives ne peut se poser uniquement en termes d’offres de services, d’équipements ou d’aménagements, mais doit aussi intégrer les composantes sociales et culturelles des inégalités pour mieux les résorber.
Cette réflexion autour de la place des jeunes dans l’espace public révèle à mes yeux plusieurs enjeux concomitants :
- En premier lieu, des enjeux éducatifs : les espaces publics constituent de réels espaces d’éducation, où s’exercent diverses influences auprès des jeunes. Les ressources mobilisables qui leur sont offertes participent en partie à la construction de leur parcours éducatif, favorisant l’apprentissage de l’autonomie, l’exercice de leur liberté et de leurs responsabilités, offrant des possibilités d’expérimentation.
- J’y vois également des enjeux sociaux : les segmentations, qu’elles soient intra-urbaines ou plus largement entre villes, couronnes périurbaines et campagnes, sont de plus en plus nombreuses et participent au rétrécissement de l’espace public pour certaines catégories de population, dont les jeunes. L’accessibilité suppose très clairement que l’espace public constitue le lieu de rencontre des individus les plus différents qu’il soit, et qu’il réunisse les conditions d’une réelle appropriation par le plus grand nombre.
- L’espace public est central dans toute réflexion portant sur la vie de la cité, au sens politique du terme. C’est en effet un espace de participation et d’implication dans la vie politique d’une communauté, dans la mise en œuvre de projets collectifs, dans la prise d’initiatives et de responsabilités, qu’elles soient individuelles ou collectives.
- Il reste à aborder les enjeux d’aménagement : pour favoriser les rencontres entre toutes les catégories sociales et toutes les classes d’âge, l’ouverture et l’accessibilité des espaces publics passent par des aménagements adaptés et réfléchis.
Ainsi, considérer les jeunes comme ressource et les placer comme acteurs à part entière du développement suppose très clairement de prendre en compte leurs actions et de leur donner les moyens d’agir et de participer au même titre que les adultes au processus de transformation sociale.
A travers cette entrée problématique, nous abordons l’éducation d’une façon très globale et transversale. La question que nous avons choisi de travailler est fondamentalement universelle et ne doit pas être appréhendée au seul prisme de nos sociétés occidentales. L’ouverture internationale que nous avons souhaitée en programmant ces rencontres vous permettra de le mesurer plus concrètement.