Biennale de Nantes

Un temps fort sur l’adolescence proposé par les Francas de Loire-Atlantique

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De la capacité à intervenir dans la cité

par Claire Fondin, Psychosociologue

La citoyenneté est conçue comme la « construction de la capacité à intervenir dans lacité », ce qui suppose « la formation d’une opinion raisonnée, l’aptitude à l’exprimer,l’acceptation du débat public ».

Pour aborder la question de la citoyenneté, nous devons en premier lieu nous questionner : qui sont les jeunes d’un point de vue psychologique ?

Nous aborderons ainsi brièvement quatre points :

  • la construction de la pensée
  • se penser et penser les autres
  • un double mouvement : individualisation et groupe
  • les espaces publics

Les définitions physiologiques et psychologiques de l’adolescence ne se recouvrent pas. Et le développement de l’adolescent est aussi tributaire de la conception que la société se donne de l’adolescence. Ainsi, dans ce passage de l’enfance à l’âge adulte, plus ou moins long, l’adolescence et l’adolescent n’ont pas réellement bonne presse  : souvent associés aux notions de violence, de conflit dans la famille ou l’institution scolaire, de pathologie même (crise, passage à l’acte, conduites à risque ou déviantes, troubles du comportement...). Les rites de passage socialement organisés se sont par ailleurs estompés avec le temps (diminution de la pratique religieuse, abandon du service militaire obligatoire, allongement de la scolarisation et son corollaire retardement de l’entrée dans la vie professionnelle...) ; d’autres rites, choisis par les adolescents eux-mêmes (marquages corporels, choix vestimentaires et musicaux) s’y sont substitués.


Les rites de passage socialement organisés se sont par ailleurs estompés avec le temps


L’adolescence se présente comme grande étape de changements et d’acquisitions, dans les domaines social, affectif et cognitif : le début de l’adolescence correspond à des changements importants et à de nouvelles expériences physiques, intellectuelles et sociales. Il est marqué par le besoin d’indépendance, le négativisme et l’opposition aux parents ou encore l’égocentrisme. Pour autant l’autonomie n’est pas encore une réalité : les parents ou autres partenaires éducatifs sont toujours recherchés comme base de sécurité à partir de laquelle on explore le monde. On peut d’ailleurs relever que cette période fait écho à celle de la fin de la toute petite enfance, autour de deux ans. la fin de l’adolescence apparaît comme une étape de consolidation, un nouvel équilibre après les changements de la première période, d’engagement dans de nouveaux rôles et de nouvelles relations.

Sur le plan du développement cognitif, la période au delà de 10 ans est marqué par un accès systématique au raisonnement hypothético- déductif. Celui-ci est bien tout à la fois un processus majeur de construction de la pensée et l’accès à la vérification par l’expérience : un besoin pour résoudre les situations de déséquilibre (cognitif – mais pas seulement) dans lesquelles se trouve l’adolescent.

L’argumentation ou la capacité à articuler arguments et contre-arguments par des relations complexes de concession, restriction ou spécification, n’est que partiellement acquise. Il faut encore en maîtriser les opérations caractéristiques que sont la justification et la négociation (relativiser ses positions et les négocier ...) Ces aspects du développement cognitif sont ainsi éminemment tournés vers la sphère sociale : la possibilité de raisonner sur des idées abstraites, de saisir la notion de changement dans la société et dans l’univers politique, de débattre en se référant à des principes généraux, de considérer les perceptions et pensées d’autrui sont en plein développement.


Les relations entre pairs prennent souvent une connotation passionnée et se basent sur la confiance, les goûts communs et les affinités affectives.


Du point de vue de la personnalité, la période 10-18 ans est marquée par des mouvements d’oscillation de l’estime de soi, en relation avec les changements pubertaires et scolaires. L’estime de soi devient plus positive vers la fin de la période. Les relations entre pairs prennent souvent une connotation passionnée et se basent sur la confiance, les goûts communs et les affinités affectives.

C’est une aide au détachement des parents ; ces relations entre pairs auxquelles le jeune consacre beaucoup de temps l’aident dans sa construction d’identité personnelle et favorisent le développement de l’autonomie. Certains parlent même de laboratoire d’expériences sociales.


L’expérimentation, quiprécède l’engagement, est ainsi nécessaire à la construction d’une véritable identité.


La construction de l’identité personnelle implique dans le même temps plusieurs dimensions : la continuité temporelle (le sentiment d’être la même personne, de l’enfance à l’âge adulte), la cohésion (le sentiment d’être une personne unique, non morcellée), et la capacité à se situer par rapport à des relations interpersonnelles, des rôles sociaux, professionnels, des croyances, des valeurs... L’expérimentation, qui précède l’engagement, est ainsi nécessaire à la construction d’une véritable identité.

Le jeune se situe ainsi dans un double mouvement d’individuation et d’appartenance à son groupe de pairs. Sur le plan de l’accès à l’information et à la connaissance, la transmission verticale des parents est confrontée à la transmission horizontale par le groupe des pairs, qui neutralise les anciennes hiérarchies culturelles. Par ailleurs, la culture scolaire se trouve concurrencée par les médias (télé et radio, de plus en plus le réseau internet), bouleversant les modalités de confrontations, d’évaluation et d’expériences.


Quels citoyens pour quelle société ?

Au premier rang des grands changements sociétaux, la mondialisation (comme création d’un espace mondial interdépendant) situe d’emblée le jeune dans des espaces abstraits. Il se situe aussi dans une société de l’information, où celle-ci est à la fois source de richesse et un ensemble de biens de consommation. Dans ces espaces mondialisés, la mobilité évolue fortement. On assiste à une modification de l’espace public (Jacques Habermas) au sens de lieu plus ou moins virtuel où des citoyens mènent des actions qui peuvent influencer la décision politique. Les espaces publics pour les jeunes citoyens trouvent davantage de réalité dans les réseaux (de pairs ou de communication) que parfois dans la cité. Mais les espaces, du fait de la mondialisation, de l’évolution des transports... transforment le développement de la représentation spatiale, des orientations, des déplacements et de nouveaux savoir-faire liés apparaissent.

La mobilité repose sur des ressources individuelles et/ou collectives, et l’expérience des mobilités, qu’elles soient quotidiennes, touristiques, professionnelles, transnationnales... participe d’une forme de capital, au même titre que les revenus (capital économique), les réseaux de relations (capital social) ou la culture (capital culturel). Reste que cette mobilité potentielle ou contrainte questionne toujours l’opportunité pour les jeunes d’entrer dans des mondes sociaux, culturels... autres que les siens... A 10-18 ans, dans cette société, l’expression de la citoyenneté dans des nouveaux espaces, dans des formes de relation beaucoup plus horizontales, s’en trouve considérablement modifiée.

Claire Fondin, psychosociologue, intervient en formation dans les écoles du secteur social et de l’animation et effectue des missions de conseils auprès d’associations. Elle est également Présidente de l’association ARPEJ à Rezé.